Autres activités 

Interventions collectives auprès de publics jeunes et adultes par la mise en place d’ateliers de discussion (entreprises, enseignements primaire et secondaire, musées, bibliothèques et médiathèques) : traitement de problèmes, notamment soumis de façon improvisée par le public grâce à l’analyse critique, l’explicitation et la relativisation de ses différentes réponses.

Quel que soit le public concerné, aucune connaissance préalable en philosophie ou en histoire de la philosophie n'est requise. Si c'était le cas, aucun atelier pour enfants ne serait possible, alors qu'au contraire ils le sont et ce d'autant plus que l’une des grandes forces de l’enfance réside dans l’absence de prétention de savoir, dans l’interrogation permanente, dans la curiosité au sens le plus noble du terme. En effet, quel adulte n’a pas subi un jour la cauchemardesque itération du « pourquoi ? » de l’enfant nous confrontant au constat de notre propre ignorance ? Romain Iborra prend ces questions choisies par les enfants eux-mêmes avec tout le sérieux et la rigueur qu'elles exigent et tâche de les amener avec bienveillance à y répondre par eux-mêmes, néanmoins avec le plaisir comme expédient. Par là même, outre la découverte de soi qu'ils permettent à certains enfants de faire, la prise de confiance en soi qu’ils motivent et les nombreuses conséquences positives qui en résultent, les ateliers de Romain Iborra sont aussi l’occasion d’armer les adolescents et les adultes de demain contre l’emprise et les effets du dogmatisme dans ses manifestations les plus graves.

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Précisions concernant la démarche

 

     " Face, non seulement à la multiplication des ateliers de philosophie, mais surtout à l'émergence des ateliers de philosophie dédiés aux enfants, il est devenu nécessaire d'en clarifier la méthodologie afin qu'ils puissent être évalués, car ils doivent l'être.

Cette clarification est d'autant plus nécessaire que les différents débats auxquels j'ai eu l'occasion de participer ont gravement mis en évidence l'absence d'une méthode et d'une méthodologie communes chez les "maîtres" d'ateliers ; laquelle absence de communauté est problématique étant donné que par leur désignation des ateliers de philosophie par un même concept, lesdits maîtres prétendent au contraire.

Aussi, sinon à donner la méthodologie des ateliers de philosophie, cet article vise au moins à donner celle des miens."

Démarche

     

    " Les possibilités sont multiples étant donné que j’interviens aussi bien devant des publics enfants, adolescents et adultes que devant des publics mélangeant des personnes de tous les âges, notamment parents/enfants (même si je déconseille toujours vivement de procéder à des mélanges de ce genre pour des raisons que je pourrais expliciter par ailleurs).

 

Que ce soit devant un public de dix personnes ou de quatre-vingts, ma démarche est la même : je n’interviens majoritairement qu’à titre formel (je vais préciser ce que j’entends par une intervention à titre « formel ») : 

 

Premier moment : effervescence des questions et choix de l’une d’entre elles 

 

Après une brève introduction à ce qu’est la philosophie elle-même (afin d’expliquer au public ce que l’on va faire), lors de chaque atelier, je demande au public de choisir la question qu’il veut aborder, toute question étant permise. L’intérêt d’un choix fait parmi les libres propositions spontanées du public lui-même étant que cela permet de l'impliquer émotionnellement dès le départ et qu’il en vient à en tirer un plaisir qui n’est pas accessible par imposition d’un sujet de la part de l’intervenant.

 

À ce moment, il est pour moi capital de montrer au public qu'aucune question ni aucune réponse n’est dépourvue de valeur logique par des exemples concrets, afin de mettre chaque individu en confiance aussi bien avec ses questions qu'avec ses réponses potentielles ; le but étant un lâcher-prise total de la parole, indépendamment de toute « bien pensance ». Comme je le dis à chaque fois, notamment aux enfants : « vous pouvez tout dire, tout contredire, la seule consigne, c’est de finalement nous le justifier, et derrière on teste ». Car, loin de moi de défendre et encore plus loin de moi de tomber dans le relativisme courant, notamment parmi les intervenants, et dans les graves conséquences qu’il engendre, d’après lequel « il n’y a pas de vérité ».

 

Cependant, comme je l’explique au public, je ne suis pas là à titre de professeur, et il n’est pas là à titre de public d’élèves, mais tout le monde fait activement partie d’une même « équipe » pour aboutir à une solution.

 

Deuxième moment : solution de la question choisie 

 

Une fois une question « arrêtée » par un vote majoritaire parmi celles posées, je demande au public de commencer à « proposer les premières réponses », après quoi mon travail commence : faire une première analyse et synthèse de toutes les réponses, c’est-à-dire voir celles qui sont valides, lesquelles s’accordent et lesquelles se contredisent, puis lui demander si les réponses finalement restantes après leur passage au tamis du principe de contradiction n’admettent pas de contre-exemple, si elles ne deviennent pas contradictoires une fois mises à la lumière de certains horizons implicites, ce qui provoque aussitôt de nouvelles réactions du public, de nouvelles réponses, en une dynamique vertueuse.

 

Lorsque je dis que je n’interviens qu’à titre « formel », c’est parce que je n'impose au public aucun présupposé, sinon ceux de la logique formelle ; logique dont je précise que je ne leur parle à aucun moment, mais que je mets à chaque instant en application. Concrètement, c’est à dire que si un membre du public me répond par exemple à propos de la question « qu’est-ce qu’un ami ? », que « c’est quelqu’un qui nous veut du bien », puis plus ou moins ultérieurement qu’« un ami nous veut parfois du mal », je l’amène malgré lui à voir et résoudre la contradiction, mais je n’apporte moi-même aucune matière préalable sur ce qu’est un ami. Le point de départ n’est fourni que par le public et consiste exclusivement en ses premières réponses. J’apporte donc encore moins une quelconque morale personnelle qu’il s’agirait de diffuser plus ou moins consciemment auprès du public. Je reste, et il est important que l’intervenant reste au niveau formel, même s’il peut occasionnellement arriver qu’il faille intervenir ponctuellement pour montrer et ainsi corriger des contradictions matérielles telles que, pour prendre un exemple parlant, « le cercle carré existe ». Mais majoritairement, je ne contrôle et ne dois contrôler le discours, que dans sa forme, selon les lois formelles de la validité.

 

Troisième moment : conclusion éventuellement artistique de la question choisie

 

Pour finir, selon l’envie du public, il est possible, après formulation de la réponse relativement finale acquise à la question de départ, de compléter l’atelier par une pratique artistique la concrétisant afin de permettre aux plus timides de s’exprimer et aux autres de s'exprimer autrement. Mais pour tout dire, on me le demande rarement pour ne pas dire jamais et, selon moi, un intervenant qui fait bien son travail doit, entre autres choses, faire en sorte que l’enfant timide ait non pas envie de dessiner, mais plaisir à parler et envie de continuer à parler. C’est entre autres l’une des belles retombées des ateliers de philosophie tels que je les conçois et les mène : la victoire sur la timidité."

 

Fond de la démarche 

 

    "Pour ce qui est du fond de ma démarche, je ne m’en cache pas : mes ateliers sont — comme la philosophie et en tant que philosophiques — placés sous le signe de la recherche de la vérité ; et ils ne sauraient cesser de l’être sans cesser d’être philosophiques. C’est à dire qu’ils ne sont pas et ne doivent pas être qu’une tribune où chacun dit ce qu’il veut dire, y allant de son bon mot, sans progression. Il existe des ateliers d’expression orale – notamment théâtrale ou poétique – et corporelle, qui font déjà cela, et bien mieux qu’un quelconque atelier de philosophie. Et contrairement à ce que pensent les défenseurs du relativisme, c’est l’un des intérêts de l’atelier de philosophie, sinon le principal, que de permettre à chacun de faire l’expérience de la production d’un raisonnement valide et reconnu comme tel. Par là-même, il permet au public de vivre quelque chose qui m’émerveille encore aujourd’hui, quel que soit l’âge du public : la prise de confiance en soi, la redécouverte de soi par la découverte de capacités insoupçonnées voire parfois niées, notamment par le système scolaire classique.

 

Lorsque j’ai commencé ces ateliers, c’était en Seine-Saint-Denis à Bagnolet, auprès d’écoles où la philosophie était soit inconnue, soit méprisée, soit crainte. Je devais y intéresser des groupes d’une vingtaine d’enfants présents contre leur gré et dont la plupart avait déjà été jugée par leurs enseignants comme étant telle qu’il n’y avait « rien à en tirer, rien à en faire ». Dès le départ, j’ai eu des résultats prometteurs : par exemple, des « caïds » qui prenaient plaisir à découvrir qu’ils étaient capables d'intelligence, irréductibles à leurs mauvaises notes et leur mauvais rangs de classe. Certains rapports de forces entre les enfants disparaissaient, d’autres changeaient. Et ceci parce que, ce que chacun pensait, avait une valeur logique estimable, et que ceux qui avaient l’habitude de n'être réduits qu'à de mauvais élèves étaient parfois capables de voir et montrer que ce qui venait d’être dit par un élève habituellement réputé comme l’un des meilleurs, était contradictoire. Contrairement à ce que certains intervenants laissent à penser – lesquels sont à la fois ceux qui s’en montrent ignorants, mais se permettent néanmoins de statuer sur elle et sa valeur –, la norme logique appliquée et devant être attentivement appliquée par le meneur d’un atelier de philosophie n’est pas une bride brimante pour le participant, mais le support sur la base duquel toute réponse a une valeur et faisant donc office de fondement pour l’estime de ses réponses et de celles d’autrui, et par là-même pour l’estime de soi et d’autrui. Métaphoriquement dit : la logique n’est pas le « bâton », elle est l’échelle de l’assurance sous ses multiples formes.

 

Ainsi, en dépit du contexte, à la surprise de tous — les élèves compris — cela a été un succès, et mes ateliers sont devenus victimes de leur succès en « débordant », en étant notamment remplis par des élèves dont on attendait qu’ils choisissent des activités périscolaires sportives plutôt que des ateliers de philosophie. C’est aujourd’hui encore le cas, entre autres dans les écoles parisiennes aux seins desquelles j’exerce chaque semaine."

 

Précisions concernant certaines craintes que pourraient susciter ma formation et ma démarche :

 

    "Par ailleurs j’ai conscience que ma formation peut faire peur quand il s’agit de la tenue d’ateliers de philosophie auprès de publics non universitaires, voire non scolarisés, sinon illettrés. Mais tous ceux ayant participé à mes ateliers, notamment Brigitte Pätzold et Christian Mralisevici qui m’ont filmé dans le cadre de leur documentaire « Philo-nouvelle génération » projeté le 16 novembre à l'Unesco, peuvent témoigner du fait que mes ateliers sont aux antipodes d’un cours d’histoire de la philosophie ou même d’un cours tout court, mais aussi des ateliers de philosophie de ceux qui peuvent tantôt me reprocher d’être déconnecté de la réalité, notamment sociale. En effet, malgré leur critique, tous ceux qui — sans jamais avoir vu un seul de mes ateliers — pointent du doigt ma formation et mon approche en les dénonçant comme trop rigoureuses, sont aussi ceux qui, faute de demande, n’en ont jamais fait, n’en font plus ou ne font que de rares ateliers ponctuels qui se vident rapidement, parce que les enfants présents sur la base du volontariat bienveillant de leurs parents disent s’y ennuyer, ou restent pleins, mais d'enfants qui sont en école maternelle ou en cours préparatoire, et donc trop jeunes pour avoir un tel avis critique.

 

Pour ma part, je ne pense pas que les diplômes soient significatifs d’une compétence suffisante pour animer des ateliers philosophiques, ni que leur absence soit significative du contraire. Être capable de mener un atelier de philosophie n’est pas une question de diplômes, mais de connaissances philosophiques (diplômées ou pas) mêlées à de la pédagogie. Aussi, encore une fois, ceux qui assènent que pour mener des ateliers de philosophie, il suffit et vaut mieux d'être pédagogue que d'avoir des connaissances philosophiques (comme si l'un et l’autre étaient opposés...) ne disent rien de sensé. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui s’en trouvent dépourvus et fondent — sous couvert de philanthropie — par appât du gain des SARL pour engager et dépêcher des multitudes d'auto-entrepreneurs eux-mêmes sans formation philosophique et eux-mêmes dépositaires plus ou moins consciemment de la même vision cynique de ces ateliers dans des écoles, des collèges, des bibliothèques, des médiathèques ou encore des musées, où ladite absence de formation ne sera pas visible étant donné l’âge du public. Cependant, contrairement à d’autres qui profitent de la jeunesse du public pour dissimuler leur manque de compétence, ma position est que plus le public avec lequel on fait un atelier est jeune, plus la solidité théorique de l’intervenant doit être importante, car si des agrégatifs peuvent rectifier les erreurs commises par leur professeur de préparation à l’agrégation de philosophie, les élèves d’école primaire ne le peuvent pas et sont soumis à tous les risques trop souvent négligés que cela implique ; ces mêmes risques que prend de façon totalement irresponsable la majorité des intervenants et dont, trop souvent, je dois rattraper les cas « ratés » comme un chirurgien doit rattraper ceux de ses confrères (à ceci près qu’ils ne sont pas mes confrères).

 

Le plaisir immédiat et à moyen terme, le bien être et la sécurité du public doivent être le centre des préoccupations de l’intervenant en philosophie lors d’un atelier, et sont en tout cas le centre des miennes. En dépit de ce qu’il semble, un tel atelier n’est pas sans conséquences et ne peut donc être mené sans certaines compétences sans que le public soit aussitôt exposé à certains maux plus ou moins directs. Il est urgent de se rappeler que les ateliers de philosophie ont émergé à la suite des tragiques attentats de Paris, et cette dimension ne saurait être mise de côté lors de la pratique des ateliers de philosophie : l’intervenant doit viser à l’émancipation du public par la structuration passive de sa pensée afin de le prémunir contre certaines des manifestations les plus graves du dogmatisme. Plus précisément, les ateliers doivent permettre à tout public, tout en prenant directement du plaisir, d’intégrer et de développer passivement des habitudes de raisonnement logique, sans jamais avoir à étudier la logique, tout comme il est possible d’apprendre une langue et la parler correctement sans jamais étudier la grammaire, par habituation passive. Tout intervenant qui oublie ceci ou n’en a pas les compétences, passe à côté de sa mission, laquelle est encore une fois, le bien-être immédiat et médiat de son public. Et c’est ce pour quoi j’ai à coeur de faire passer au public de cette façon, sans qu’il s’en rende compte, ces lois formelles du raisonnement valide : parce qu’elles sont émancipatrices et salvatrices à plusieurs titres.

 

    Pour ce qui est des thèmes abordables en ateliers, ils sont infinis, et j’ai eu en trois ans le temps d’en aborder de nombreux : « Qu’est-ce que l'amitié ? », « Qu’est-ce que la violence ? », « Qu’est-ce que la paix ? », « Qu’est-ce que le harcèlement ? », « Qu’est-ce que le racisme ? », « Qu’est-ce que l'univers ? », « Qu’est-ce qu’une émotion ? », « Qu’est-ce que le temps ? », « Qu’est-ce qu’une question ? », « Qu’est-ce que la mort ? », « Qu’est-ce que le néant », etc.

 

Nombreux sont les résultats concluants concrets que j’obtiens : baisse de la violence, enrichissement du vocabulaire, amélioration de la communication, des résultats scolaires et de l’estime de soi pour n’en citer que quelques uns. Et ce sont ces résultats qui me poussent à élargir mon champ d’action." 

     À défaut de fournir des lignes directrices méthodologiques aux meneurs d'ateliers de philosophie, j'espère que cet article fournira au moins quelques critères d'évaluation critique des ateliers à leurs participants.